« Un budget raisonnable » : le Cap-Vert et ses séjours « all inclusive » attirent de plus en plus les touristes français
- Grâce aux formules « all inclusive » de ses hôtels et à de nouvelles lignes aériennes low price, le Cap-Vert apparel de plus en plus de vacanciers, notamment français.
- L’archipel a ainsi accueilli un million de visiteurs en 2024, mais est-il prêt à en recevoir toujours plus ?
- Regardez ce reportage de « Sept à Huit ».
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Sept à huit
Partir au Cap-Vert, c’est partir au bout du monde, à moins de six heures de la France. Avec ses plages dorées et ses paysages volcaniques, cet archipel situé à l’ouest du Sénégal possède en effet bien des atouts. Et ça, l’industrie du tourisme l’a bien compris, en proposant des séjours « all inclusive » pour 1.000 euros en moyenne par personne la semaine. Résultat, cette ancienne colonie portugaise, longtemps pauvre et isolée, est devenue en dix ans une vacation spot prisée et l’un des pays les plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest, avec plus d’un million de visiteurs en 2024.
« C’est une très belle découverte »,
lancent Mylène et Edouard, deux touristes français en pleine lune de miel, dans la vidéo en tête de cet article, replay d’un reportage diffusé le week-end dernier dans l’émission de TF1 « Sept à Huit ». Leur séjour a été financé grâce à leur cagnotte de mariage et ils comptent bien en profiter, eux qui n’ont jamais voyagé hors d’Europe. Le level d’orgue de leur voyage : une rencontre avec l’un des joyaux de l’île, une colonie de bébés requins citrons. « C’est hyper impressionnant, mais on ne se sent pas en danger »,
lance Mylène. De fait, cette espèce se laisse facilement approcher par les humains et est généralement inoffensive.
C’est un budget raisonnable, contrairement à d’autres pays comme la République dominicaine.
C’est un budget raisonnable, contrairement à d’autres pays comme la République dominicaine.
Mylène, une touriste française
Comme eux, la majorité des visiteurs se rendent sur l’île de Sal ou de Boa Vista, où le nombre d’hôtels, dirigés par des groupes européens, a triplé en dix ans. Les deux tourtereaux, qui gagnent 3.300 euros à eux deux, à peine plus que le SMIC, ont choisi cette vacation spot pour des raisons de budget. « Il nous convenait. C’est un budget raisonnable, contrairement à d’autres pays comme la République dominicaine »,
souligne la jeune mariée. C’est leur première expérience dans un hôtel où tout est compris, à commencer par les consommations au bar de la piscine, sans aucune restriction. « Il n’y a même pas besoin d’avoir sa carte bancaire sur soi, donc c’est parfait »,
se réjouit Edouard.
Parents de deux enfants, ils doivent toute l’année faire consideration à leurs dépenses. Là, sans frais supplémentaires, ils pourront dîner trois fois pendant leur séjour dans les eating places du resort. Pour tous les autres repas, c’est buffet à volonté avec une quinzaine de plats pas très exotiques : bœuf Stroganoff, cassoulet, pâtes carbonara.
Une baisse de la pauvreté
À la tête des cuisines, on trouve Damian Sanchez, un chef chilien qui a travaillé dans des hôtels internationaux partout dans le monde. Tous les jours, il doit servir 800 touristes venus de toute l’Europe. Pour ce faire, il est à la tête d’une armée de 150 employés, tous capverdiens. En outre, il doit gérer des quantités astronomiques de nourriture, dont 80% sont importées. Chaque mois, il fait venir 8 tonnes de viande, 12 tonnes de légumes et 37 tonnes de fruits. Une empreinte carbone désastreuse, mais selon Damian, inévitable. « Le Cap-Vert est un pays insulaire et, malheureusement, avec très peu de pluie. La production agricole ne suffit même pas à satisfaire les besoins de la population. Sans importation, il n’y aurait pas de tourisme au Cap-Vert »
, pointe-t-il.
Heureusement, une fois par semaine est servi un buffet exclusivement capverdien. Pour le préparer, Damian se fournit chez des commerçants locaux à Santa Maria, une ville qu’il a vue se développer. « Il y a 15 ans, Santa Maria ne comptait que quatre rues et quelques maisons. C’était un petit village. Il y a beaucoup de bâtiments qui se sont construits, des supermarchés, un nouveau centre de santé. C’est maintenant une ville pleine de vie »
, dit-il. Avec un prix du poisson qui a été multiplié par trois en dix ans, les pêcheurs ont été les premiers à bénéficier de l’arrivée des hôtels « all inclusive ».
« Le chef nous achète beaucoup de poissons, jusqu’à cinq fois par semaine. Il nous prend 300, 500, 800 kilos. Parfois, ça peut même atteindre les 2.000 kilos par semaine. Grâce à Dieu, je m’en sors très bien. J’ai réussi à m’acheter un terrain et je peux offrir de meilleures conditions de vie à ma fille »
, lâche ainsi une vendeuse de poissons. Même si les circumstances de vie restent encore précaires, avec un salaire moyen de 150 euros, grâce au tourisme, le nombre d’habitants en state of affairs de pauvreté extrême a diminué de moitié en dix ans.
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Mais l’île de Sal est-elle prête à accueillir toujours plus de touristes ? Albert Taxonera dirige une ONG qui veut protéger la biodiversité de l’île, et il est inquiet. « D’ici jusqu’à la route, il y avait des dunes. Aujourd’hui, elles ont toutes disparu. Tout ça, c’est à cause de l’extraction de sable qui a servi aux différents chantiers »,
déplore-t-il. « Et si on va en haut de cette dune, vous verrez que si elle disparaît et qu’il y a une tempête ou une grosse marée, l’océan va tout inonder »
, ajoute-t-il. Aujourd’hui, la zone est protégée et les extractions de sable ont cessé. Tandis que les équipes d’Albert tentent de recréer des dunes grâce à une plante, le tamaris, qui peut retenir le sable. « C’est un gros challenge, mais si on a de quoi le financer, c’est faisable »
, assure-t-il.
Pour autant, à l’écart des plages, un autre fléau menace l’archipel : les décharges sauvages, de plus en plus fréquentes. « Il y a des détritus partout, des pots de fleurs, de la peinture. On voit même des transats au loin. À mon avis, les resorts font appel à des sous-traitants pour évacuer une partie de leurs déchets. Et eux, ils ne vont pas jusqu’à la décharge municipale pour s’en débarrasser. C’est moins cher de les jeter ici. Si on continue comme ça, on aura des détritus partout »
, dénonce Albert Taxonera, alors que le pays espère tripler son nombre de visiteurs d’ici à 2030.
